L'ami du village by Charles Deslys

L'ami du village by Charles Deslys

Author:Charles Deslys
Format: epub


Ainsi se passa l’hiver.

Il ne fut marqué que par un seul incident, l’arrestation de Jean Margat.

L’instituteur ne s’était pas plaint du guet-apens dont il avait failli devenir victime. Mais quelques méfaits antérieurs valurent au Sanglier deux ans de prison.

Guillaume se trouvait momentanément délivré de l’un de ses ennemis.

Restait l’autre.

XIII

Une conférence au village

C’était la dernière conférence de la saison.

Guillaume allait prendre la parole, lorsque tout à coup, au milieu du silence, la porte s’ouvrit bruyamment.

Un soldat, un zouave parut sur le seuil.

À la vue de tout ce monde assis sur des bancs comme à l’école, il parut surpris, balbutia :

« Faites excuse ! je me trompe... est-ce que ce n’est plus ici le cabaret ? »

Plusieurs voix s’écrièrent :

« Eh ! c’est Martial Hardoin !

– Moi-même ! répondit-il. J’arrive de Sébastopol. Après avoir embrassé mon père, je voulais revoir les amis. »

Déjà quelques mains s’étaient tendues vers les siennes. Deux ou trois jeunes hommes lui donnèrent l’accolade. Il se trouvait maintenant en pleine lumière. C’était à qui l’examinerait, l’admirerait.

Il était vraiment beau, avec sa mâle figure bronzée, sous son pittoresque uniforme. De plus, les galons de sergent, la médaille militaire.

« Jarni ! s’écria Martin Fayolle, ça nous fait plaisir de te revoir ainsi, mon garçon !... viens que je t’embrasse ! assieds-toi là, près de nous, à la place d’honneur... tu nous fais honneur à tous... N’est-ce pas, vous autres ? Là-bas, dans la grande guerre qui vient de se terminer, il représentait le village ! il lui rapporte sa part de gloire ! »

En parlant ainsi, le maire désignait les insignes et la décoration du sergent.

Celui-ci se laissait faire. Au milieu d’une acclamation générale, il franchit le degré de l’estrade, il vint s’asseoir entre le maire et le curé, qui le félicitait à son tour en l’appelant son enfant.

Lorsque se calma l’émotion causée par cette scène, il y eut un moment de silence.

« Ah ! çà, dit le zouave, qu’est-ce que vous faites donc ici ? On ne boit donc plus ?

– Non, répliqua le maire, on cause... et voilà M. l’instituteur qui veut bien nous raconter ou nous lire des histoires très intéressantes, je te l’assure. Bref, une conférence. »

Le soldat répéta ces deux mots d’un air étonné, quelque peu gouailleur.

« Une conférence », qu’est-ce que c’est que ça ? Inconnu au régiment.

– Écoute ! dit le curé, maître Guillaume est en train de nous raconter les anciennes victoires de l’armée française...

– Elle vient d’en remporter une nouvelle, s’écria l’instituteur, et je cède la parole au soldat qui en était. Pourquoi ne nous raconterait-il pas sa campagne ?

– Fameuse idée ! approuva Martin Fayolle. Nous ne lisons pas encore les journaux, nous ne savons rien de rien. L’histoire d’hier, c’est celle-là surtout qui est notre histoire !

– Quoi ! fit le soldat, vous pensez que ça ferait plaisir aux camarades... »

On ne le laissa pas achever. Cinquante voix crièrent en même temps :

« Oui... oui !... la campagne de Crimée !... le siège de Sébastopol. »

Le zouave se caressait la barbiche en souriant.



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